Alain Menant est un homme du littoral. Alors qu’il vogue sereinement sur les soixantièmes épanouissants, ses souvenirs de mer ont gardé l’odeur fortement ancrée de l’iode. D’où, plus tard, son engagement dans la « marine ». Adolescent, il se fait épater par une galerie d’art et sent que les couleurs de son avenir sont là, enchâssées dans ces cadres qu’il découvre. Cependant, en intégrant le cadre de l’Education Nationale, il devra sacrifier l’apprentissage des reproductions pour la valse ininterrompue des copies… de français à corriger. Le littéral et l’encre sans oublier le littoral. Des voiles à la toile blanche, il n’y a qu’un mât, qu’un pas franchi avec passion. L’élément océanique l’amène naturellement à l’aquarelle, un procédé où il se mélange les pinceaux, tout en continuant, pour nourrir sa famille, à pêcher le français à la ligne. Finalement, sur palette, il change de matière, opte pour une mer d’huile, sa sensualité, sa luminosité et sa fragrance. Il s’évade également dans quelques escapades acryliques.

Alain Menant est un perfectionniste qui ne peint pas pour passer le temps. Ivre de peinture, son Graal est désormais d’aboutir au geste ultime qui termine un tableau. Coloriste dans l’âme, il privilégie, comme le musicien, la note bleue et ses harmonies orangées. Il a changé d’hémisphère, de transparence marine, mais pas d’idée… qu’il fixe inlassablement sur la toile. Seuls comptent l’émotion d’un paysage, la frontière ténue des éléments, la géométrie des voiles, des pétales et des baies, en épurant son trait. Un village bleu cubiste, une vision océanienne des cases avec touches Piano… tendance Renzo, des fleurs s’évadant en apesanteur du vase, des voiles verticales griffant le grand bleu, le conduisent vers une abstraction de plus en plus maîtrisée. Il poursuit inlassablement le même but et tel le poète, il transforme ses voyelles en couleurs. Bonne lecture !

Alain Menant : Le métier d’un peintre. J’ai baigné dans l’eau de mer très tôt. Cela ne s’est jamais terminé : voilà pourquoi les marines, les bateaux et tout ce qui s’en va ou qui est sur l’eau furent le premier thème de ma peinture.Dans mes pinceaux se cachent aussi pas mal de grands sujets classiques de la peinture : les natures mortes et les bouquets, les figures et les personnages, les œuvres des humains leurs génies et leurs démons.Sans compter ce qui m’attend et que je ne connais pas encore, que je devine dans la peinture abstraite.

Donc j’ai le choix voyez-vous. Sauf que les tableaux qui sortent de mes mains s’imposent à moi le plus souvent mais c’est une autre question.Parlons techniques : d’abord, n’oublions pas que c’est vraiment pas important. Il y a un minimum de technique que soutient une idée : faire œuvre durable, pas de la crotte qui va craquer, couler, dont les couleurs ne sont pas des couleurs.

Je travaille d’abord les compositions avec des acryliques, je prépare les fonds, j’organise jusqu’au moment où, je suis d’accord avec ce qui se passe sur la toile. Alors je passe aux huiles : pinceaux, brosses, couteaux, je travaille les couleurs et la matière, je poursuis ainsi jusqu’à la fin.J’aime travailler sur toutes sortes de supports : toile, bois, papier. Dans des formats qui vont du tout petit jusqu’à 1m carré, des formats carrés, paysages, marines et aussi sur de long panneaux de tissus (ex 40x 120 cm).Quelques mots sur mon métier : j’essaie de travailler tous les jours, une séance de peinture dure environ deux heures, je travaille toujours sur plusieurs tableaux en même temps. Je suis très vigilant à la propreté qui garantit la force des couleurs.

Je tends de toutes mes forces vers une abstraction réaliste, des œuvres qui recèlent l’instinct autant que la recherche raisonnée du beau et le respect des anciens qui étaient là avant que le langage n’existe.